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L’invasion

Il fallait s’y attendre. Les envahisseurs sont aux portes des systèmes humains, et ils ne viennent pas en amis. Certains ont voulu croire jusqu’au bout au pacifisme des aliens: les événements des derniers jours montrent la vanité de ces propos doucereux et lénifiants tenus par des autorités inconscientes. La vérité est plus simple: des monstres venus d’ailleurs sont là, et ils veulent nous détruire.

Les repoussantes créatures, qui depuis quelque temps interceptaient sans raison les pacifiques vaisseaux humains dans l’amas des Pléiades, ont en effet révélé leurs vraies intentions: elles sont passé à l’attaque. Le secteur de Mérope est désormais à feu et à sang. Appareils détruits sans pitié, cargaisons mises au pillage, équipages enlevés à bord même de leur capsule de survie, contre toutes les conventions interstellaires: voilà la vérité sur les thargoïds. Ils s’approchent de notre monde, et rasent tout sur leur chemin. Où passent leurs ignobles tentacules, la vie humaine disparaît pour toujours. Certains se prévalent de « rapports secrets » attestant la bienveillance des thargoïds. Certains amateurs d’énigmes prétendent chercher la clef de quelque mystère. Mais quelle bienveillance? quel mystère? Des aliens veulent nous rayer de la carte galactique, un point c’est tout.

Mais c’est compter sans les Black Birds. Au premier mot d’une invasion, le Consilium décida d’envoyer l’élite de ses pilotes au contact avec l’ennemi. Tandis que la coalition galactique s’enferre en vain dans d’inutiles palabres, et sans attendre ces armes secrètes et incertaines que nous promet pour demain la communauté scientifique, nos pilotes se sont élancés, n’écoutant que leur courage. Ils mirent le cap sur les Pléiades.

J’accompagnai les premières escadrilles qui décollèrent, mardi soir, heure de Munfayl. Une fois sur place, elles et ne tardèrent pas à découvrir ces animaux abjects dispersés à travers plusieurs systèmes du secteur. Partout régnait un spectacle d’horreur et de désolation: parmi les voiliers impériaux éventrés, on voyait flotter ces immondes créatures, nageant comme des crapauds dégoûtants dans un marais pestilentiel, baigné de cette sinistre lumière verte qui rayonnait depuis les carcasses d’appareils anéantis.

Nos pilotes n’ont pas témoigné la moindre frayeur, et ne manifestèrent pas le moindre dégoût face à ces octoptères nauséabonds. Ce moment, le Squadron l’attendait depuis si longtemps! C’était la justification de son existence. L’entraînement quotidien, mené depuis tant d’années, la discipline sévère endurée en toute circonstance, trouvaient ici leur légitimation. Certains, parmi les plus jeunes de nos pilotes, se précipitèrent avec insouciance, presque avec joie, pour observer de près notre adversaire.

Las! C’était sans compter la barbarie inhumaine de ces choses, indifférentes à nos tentatives pour communiquer avec elles. Les aliens n’hésitèrent pas à engager sans raison les humains qui avaient le malheur de s’approcher un peu trop près de leur affreuse carapace.

Les premiers engagements furent difficiles. Nos pilotes, malgré leur bravoure, malgré leur habileté, n’ont pu tous esquiver les coups que portaient par traîtrise ces êtres odieux et infâmes. Pour fruit de leur héroïsme, beaucoup tombèrent, après de glorieux combats.

Nous avons recueilli le témoignage d’un survivant, Rapture LVIII, qui a pu contempler de près ces abominations dépourvues de nom dans aucune langue:

— J’observai… pacifiquement… c’étaient les ordres. Tout juste si j’effleurai le Thargo d’un petit coup de plasma, de rien du tout, juste pour voir… c’était une manière d’entrer en contact, quoi, comme une bourrade virile entre copains. C’était juste pour briser la glace. Eh ben, mon salaud! Il m’a lancé des espèces de drones qui faisaient comme des filaments…. J’ai bien essayé de communiquer, de lui dire d’arrêter, mais rien à faire. Du coup je lui rebalance un ou deux coups de plasma, comme ça, juste pour lui faire signe d’arrêter… et puis plus rien. Le noir. Le grand trou. Je me suis réveillé dans une capsule de sauvetage: j’avais par bonheur pu être récupéré par un Hauler de la Medicorp qui passait par là.

— Et dans quel état d’esprit êtes-vous, maintenant, Rapture LVIII? demandai-je

Si le courageux pilote avait manifesté de la peur, s’il avait nourri l’idée de fuir et de déserter, lui en aurions-nous voulu? Mais non! Il y a de l’Antée en Rapture LVIII: frôler la mort n’a fait que ragaillardir sa détermination.

— Salopard d’alien! Dès que je suis sur pied, j’y retourne. Et pas en Cobra! Je vais tous me les faire, cas p…ns… de thargoïds! Je vais tous les enc…er! Je vais les briser menus, ces fum…

La décence nous interdit de reproduire plus au long l’analyse subtile de ce vaillant piou-piou revenu du front, après avoir manqué d’y laisser sa vie.

Rapture LVIII a eu de la chance. Beaucoup des nôtres n’en sont pas revenus. Leurs noms resplendiront à tout jamais parmi les Pléiades, et brilleront, telles de nouvelles étoiles, à côté de ceux des sept soeurs filles d’Atlas. Leur héroïsme et leur sacrifice n’auront pas été vains: ils ont pu s’approcher de ces insectes fétides, ils ont pu ramener des informations qui seront utiles à ceux qui viendront ensuite. Car n’en doutons pas: d’autres vagues de héros s’élanceront pour faire barrage à tant de haine et de monstruosité venues d’un autre monde. Beaucoup encore périront, mais nous trouverons la parade. Le dernier mot ne saurait échapper à l’humanité, à la Raison, à l’Intelligence. Les forces du mal, aveugles et ténébreuses, ne sauraient l’emporter. L’humanité triomphera, et les Black-Birds seront les artisans de cette éclatante Victoire.

A Propos de Albert Blondin

Albert Blondin, romancier et journaliste, s'est rendu célèbre par ses reportages d'investigation. Il a découvert Munfayl et le Consilium au cours d'une enquête portant sur les asiles psychiatriques. Il n'a plus songé à en partir, surtout depuis qu'il a découvert l'UAlcool au Perséphone. Il met depuis quelque temps tout son talent à suivre les Black Birds sur les théâtres d'opération.

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